Silence des saisons

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Silence des saisons.
Travail souterrain de l’immobile apparent.
Rien ne bouge et pourtant tout bouge.
Le gel a figé le clapotis et la glace brode l’herbe.

Un simple caillou, au bord de l’eau, contient toute l’histoire du monde. Il sera encore là des millénaires après que la main qui l’a soupesé sera devenue cendre et poudre, et tout le paysage devient une leçon d’ascèse.

La brume fait des arbres d’imprécis idéogrammes qui racontent l’histoire d’un infini recommencement.

Ici triomphe l’infime et le non agir. Non pas la paresse, mais le refus de la hâte et de l’efficience au bénéfice du sentiment de s’appartenir en appartenant à la Totalité.

L’homme n’est plus que ce regard distillant la plénitude du vide et le fragment contient l’immense.
Dos tourné, comme un personnage de Friedrich, Lenz a un moment arrêté la course de sa folie et il regarde, au pied de la montagne, l’eau lisse reflétant les nuages fermes et immobiles, comme si le temps s’était suspendu et qu’une seconde contienne l’éternité.

René Pons

|   Lac de Pierre-Châtel, Isère   |