Démarche     (retour)

Chaque photographie est faite de façon isolée, unique, et non pas reliée à d’autres, existantes ou à venir.
Elles sont autonomes et ne suivent aucun fil narratif ou associatif global.

Je les fais lors de mes voyages à l’étranger ou en France, lors de déambulations dans ma ville, chez moi. Partout.

La prise de vue se fait en ressentant de la narration dans les scènes que je vois.
Les images doivent contenir du récit, en aval et en amont.
Aller au-delà d’elles-mêmes. Ne pas être bloquées.
C’est pour cela que j’aime l’incongrue, l’étrange, le surprenant, le déstabilisant.
Je dois ressentir quelque chose de fort, mon imagination doit s’envoler.

Je ne photographie pas de personnages, ils sont déjà essentiellement présents dans mes images.
On retrouve des visages sur des photographies rephotographiées, sur des pierres tombales, des affiches, des tableaux.
Le fait qu’ils ne soient pas « en chair et en os », fait qu’on se demande qui ils sont, où ils sont, s’ils sont encore vivants, et quelle est ou a été leur vie.

Je suis émue par les objets, la nourriture, les portraits photographiques.
Tout ce qui tourne autour de nous en permanence et nous décrit.
Pourquoi choisissons-nous un objet, pourquoi le posons-nous là, pourquoi ….
Ces pourquoi sont narratifs, car sans réponses, puisque la personne n’est pas là pour la donner.

J’aime aussi photographier la mort, celle des animaux, dans ce court laps de temps où elle n’est pas encore écœurante, ou elle contient quelque chose de suspendu que je trouve infiniment émouvant.
Où on sent la surprise de l’animal saisi dans son élan.

Un objet ou un animal, sur un fond, l’un discutant avec l’autre, parfois en désaccord.
Mais créant toujours une scénette.
Un intervalle.
Jamais plusieurs sujets car ils brouilleraient le récit.
Frontaux, afin de bien savoir de quoi je parle et quel est le sujet principal.
Fixer le regardant dans un dialogue muet.

L’idée de série vient par la suite, d’après l’abécédaire ainsi créé. Quand surgissent des articulations entre les images.
Comme un montage cinématographique.

J’aime quand on ne sait pas, quand on ne comprend pas, quand on se pose mille questions.
Quand on est percuté par une émotion.
Et quand l’esprit vagabonde.