Texte "L'âge discret"     (retour)

On dit « Garder ses yeux d’enfants ».
Cela voudrait dire qu’une part de nous est toujours reliée de la même façon avec son environnement que lorsqu’on était enfant ?

Cette association d’images parle des moments où on est en lien direct avec l’enfance, où on réagit de la même façon.
Ce ne sont pas des souvenirs, mais des émotions identiques, liées à la découverte, l’imprévu, l’incongru.
Une continuité du ressenti, qui traverse le temps, intact.

Un âge est  un ensemble d’âges qui cohabitent ensemble.
Comme un trait fait de multiples pointillés et d’espacements. De loin il est continu. Pas de prés.
Un morceau de vieux, d’adulte, d’adolescent et d’enfant.
Nous ne sommes pas qu’un seul âge, et suivant ce à quoi nous sommes confrontés, l’un d’eux va réagir plutôt qu’un autre.

Le bout des doigts qui se colore de rouge, des céréales de même couleur dans un bol, un poisson mort.
Tant de petites choses qui tout à coup concentrent notre attention et font surgir des émotions.

Bien sûr on a appris à les cacher ces émotions-là. A les dissimuler derrière des phrases ou des attitudes plus en accord socialement avec ceux qui nous entourent.
Mais elles demeurent, et continuent de nous amuser, nous attendrir, nous étonner, nous énerver, et parfois nous bouleverser.
On se les approprie, discrètement.
A l’abri des regards.
Ou pas !