Texte "Histoires courtes"     (retour)

Pourquoi une image ne devrait-elle avoir qu’une seule vie, à l’intérieur d’une série ? Pourquoi serait-elle emprisonnée, empêchée d’aller ailleurs, et n’avoir qu’une seule chose à dire ? Et pourquoi ne pouvoir renier une image si on en a envie ?
Comme si le fait de la montrer une fois dans un ensemble avec un titre, la figeait à jamais et la faisait se taire à d’autres histoires.

Mon écriture photographique a toujours été la même, celle de l’intemporel, du non géographique et du non explicatif. Une prise de vue frontale, montrant un élément sur un arrière-plan. Je recherche l’ambiguïté et le saugrenu qui viennent brouiller la compréhension, et par réaction, la démultiplient.

J’ai décidé de reprendre mon travail et d’en modifier les codes.
Quitte à prendre le risque de voir des années de travail ne laisser aucune trace.
Ce qui est arrivé. Et finalement ça n’est pas si grave que ça !

C’est à ce moment-là que les « Histoires courtes » sont nées.
Afin de libérer les images, et ce faisant, leur donner une puissance narrative totale, puisque dégagées d’un dénominateur restrictif et clivant ; la série.
J’ai commencé à considérer mes images comme des matériaux bruts réagissant à ce qui les entourent et pouvant avoir mille choses à dire ou à suggérer.

« Histoires courtes » est une succession de deux images minimum, à la recherche d’une émotion, d’un sentiment, d’une idée, d’une histoire.
Les images se côtoient et dialoguent ensemble, qu’elles soient récentes ou anciennes, en noir et blanc ou en couleur, provenant de techniques différentes. Peu importe.
Seule la réaction entre les images compte.

Une tapisserie dont un morceau se décolle, une main aux doigts rougis, une chaise vide sur une marche d’escaliers, un oiseau de papier collé sur une vitre, une gaufre dans une assiette, une peau d’ours accrochée à un mur, sont comme autant de petits univers, parlant de scénettes, et les donnant à imaginer.
L’association des images permet à un autre récit d’émerger ; avec, entre, au-delà.
Et c’est cela qui me passionne.

Tout mon travail est devenu mouvant.
Des images sont ajoutées, d’autres sont ôtées.
Elles sont conçues comme on élabore un Abécédaire. Des mots pour constituer des phrases, des paragraphes, des chapitres, des livres.

Certaines traversent les associations (je n’appelle plus cela des séries), sont présentes plusieurs fois, sont transformées, rephotographiées dans un autre environnement ou disparaissent.
Une association n'est jamais terminée et peut, elle aussi, disparaitre, être absorbée par une autre ou des autres. Être refaite sous une autre forme.

Les seules empreintes finales de mon travail, seront les livres que j’aurais faits, car ils figent un moment.
Les expositions sont, elles, éphémères, puisqu’uniques par les histoires qu’elles présentent.

Ce que vous regardez est en train de se faire sous vos yeux, mais aussi, se perd, et se transforme.