Quand l'endroit te semblera tranquille      (retour)

La mort des humains a fait partie de ma vie depuis toute petite, mais elle m’était dissimulée. Immatérielle puisque non montrée, sans représentation possible.
Une disparition physique en un claquement de doigts.
Elle était effrayante.

La mort de mes animaux était présente elle, frontale, réelle. L’habitude de ces petits corps qui ne bougent plus et à qui on cherche précieusement une jolie boite, un dernier endroit douillet.
Parce qu’on ne les repose pas n’importe où !
Cette mort-là n’a jamais été effrayante car les corps étaient comme saisis dans leur élan.

J’ai retrouvé cela quand j’ai commencé à photographier des animaux morts.
Il y a un moment de suspendu, que je trouve infiniment émouvant et touchant.
L’animal est figé dans un mouvement, il pourrait repartir à tout instant.
Comme si la mort était juste un « arrêt sur image ».

Evidemment cet ensemble de photographies prend des années à se constituer, au fil des routes, en France et dans le monde, dans des lieux abandonnés, des bars, des épiceries, des hôtels, et chez moi.
Et oui, les lieux sont parfois incongrus, car les animaux morts sont partout, autant physiquement que dans leurs représentations.
Ces morts là font partie de notre quotidien.

Et pourtant elles ne sont pas regardées frontalement, elles sont elles aussi évitées. Les têtes se tournent à leur contact.
Je veux donner à les voir.
C’est une façon de regarder la mort en face. De l’apprivoiser.

Mon regard sur ces animaux est tendre, amusé parfois, surpris aussi.